Le Treuil, tiers lieu de transition agricole et alimentaire

Catégorie : Road Trip
"Rencontre avec Edith, animatrice syndicale à la confédération paysanne"
Rédigé par : Vincent
Temps de lecture : 4 min

Si je vous parle du village de Chamboeuf, qu’est ce que cela vous évoque ? Des champs remplis de bovins en train de paître paisiblement une herbe bien grasse ? C’est un peu vrai, mais pas que ! En route pour la ferme du Treuil, un tiers lieu rural qui place la transition agricole, alimentaire et environnementale au cœur de son projet associatif.

Sur la route de la ferme du Treuil

Chamboeuf est le dernier village avant de retomber sur la plaine du Forez. Son évolution démographique connaît un fort accroissement ces dernières années. Des maisons individuelles fleurissent un peu partout, tout comme les 6 000 roses Meilland qui agrémentent ses rues. Pourtant, pour avoir grandi non loin d’ici, le village n’est pas le plus animé du coin. Ces territoires sont, en effet, prisés des rurbains qui cherchent la tranquillité de la campagne à proximité des villes. Alors c’est un peu avec étonnement que nous avons appris l’existence du projet du Treuil.

Une petite pancarte positionnée sur la route principale indique la direction de la ferme. Nous arrivons au parking, et nous garons à côté des autres voitures. Il y a déjà du monde qui s’active, la bétonnière tourne à plein régime. Edith nous accueille, elle sera notre guide tout au long de cette visite. Elle nous explique que parfois, quelques curieux suivent les pancartes en pensant arriver sur une exploitation agricole. Et bien non, impossible de trouver à la vente des produits locaux ! La petite ferme, typique de la région avec sa grange en pisé, a désormais pris sa retraite.

Un tiers lieu pour promouvoir l’agriculture paysanne

Le Treuil a été conceptualisé en 2016 par 5 associations paysannes de la Loire : La Confédération Paysanne, l’ADDEAR (Association pour le Développement Départemental de l’Emploi Agricole et Rural), Solidarités Paysans, le CAJ (Comité d’Action Juridique) et Accueil Paysan. Elles ont décidé d’emménager dans un lieu commun pour travailler ensemble et mutualiser des ressources. Et quoi de mieux qu’une ferme pour symboliser cette coopération ?

Le projet repose désormais sur deux structures complémentaires :

  • La SCI du Treuil, qui a réalisé l’achat du foncier début 2019 à partir de financement citoyen, sans aucune aide publique.
  • L’association les amis du Treuil qui porte le projet politique et institutionnel du lieu grâce à un réseau de citoyens engagés et de 26 organisations.
Ensemble des parties prenantes du projet associatif du Treuil
Ensemble des parties prenantes du projet associatif du Treuil

Ce jeune projet a mis les bouchées doubles pour retaper l’ancienne bâtisse afin que tout le monde puisse s’installer le plus rapidement possible. L’association souhaite désormais proposer des formations et des animations autour de l’agriculture paysanne pour un large public. Mais il reste encore des travaux !

La visite de la ferme du Treuil

Edith est fille d’agriculteur. Elle a quitté les Monts du Lyonnais pour suivre des études en sciences politiques à Lyon. Idéalement elle voulait être journaliste, mais elle dégote finalement un poste en tant qu’animatrice syndicale à la confédération paysanne. Elle nous explique que la journée du mardi est particulière, puisqu’elle correspond aux traditionnelles journées des chantiers participatifs. La ferme s’anime au rythme des bénévoles et des salariés qui vaquent à leurs tâches respectives. Ça grouille de partout !

Le plus jeune bénévole de la journée
Le plus jeune bénévole de la journée

Nous traversons la cour en jetant un œil aux futurs sanitaires extérieurs situés dans l’ancienne laiterie. Nous rentrons ensuite dans l’aile du bâtiment qui servait autrefois de logement aux agriculteurs. C’est ici qu’on trouve les bureaux des associations et les principales salles de réunions. Il y a aussi une petite kitchenette avec la douce odeur de café qui nous emplit les narines. Le bureau d’Edith se trouve au fond. De retour à l’extérieur, nous traversons l’ancienne porcherie qui sera dédiée à l’accueil de petits groupes.

Edith et Vincent dans la porcherie de la ferme du Treuil en cours de rénovation
Edith et Vincent dans la porcherie de la ferme du Treuil en cours de rénovation

Dehors, le peu de terrain restant à la ferme est utilisé en tant que potager collectif. L’association a aussi prévu une zone pour accueillir des personnes en tente. On continue la visite en rejoignant la grange et l’ancienne écurie. Ces espaces sont en cours d’aménagement aux normes ERP pour accueillir les grands groupes à l’occasion d’événements publics. Le futur bar associatif prendra ses quartiers ici. Nous terminons la visite par la salle de formation isolée par un enduit terre-paille. Un brin d’herbe germe paisiblement dans le mur en attendant qu’il sèche définitivement. 

Salle de formation du Treuil
Salle de formation du Treuil
Salle de formation du Treuil
Salle de formation du Treuil

Le travail réalisé est remarquable. Il faut dire que le Treuil peut s’appuyer sur un solide réseau d’anciens paysans à la retraite pour les chantiers participatifs. L’avantage, c’est qu’ils sont habiles de leurs mains et qu’ils maîtrisent plusieurs corps de métiers. Un atout certain qui a permis de réaliser de très belles économies sur les travaux de gros œuvres. Et finalement, ce sont tout de même 3500 heures de bénévolat qui ont été données au projet cette année, un exploit. Pour suivre l’avancement des travaux en image, c’est par ici !

La transition agricole au coeur du projet de tiers lieu

De retour dans l’une des salles du bâtiment principal, nous échangeons quelques mots avec notre interlocutrice. Au cours de la visite, nous avons remarqué quelques affiches engagées sur les murs. 

Une pancarte anti OGM posée devant une fenêtre du Treuil
Une pancarte anti OGM posée devant une fenêtre du Treuil

Edith le confirme : le Treuil est un projet militant et politique. Il souhaite plaider en faveur d’une agriculture paysanne auprès des agriculteurs, des citoyens, des élus et des médias. Par contre, il ne s’agit surtout pas de dénigrer ceux qui empruntent la voie de l’agriculture conventionnelle. Au contraire, l’association souhaite informer, sensibiliser et accompagner les agriculteurs qui souhaitent s’installer ou faire évoluer leurs pratiques. Cela tombe bien, dès 2026, un tiers des exploitants agricoles vont cesser leurs activités, soit près de 160 000 fermes ! L’occasion pour la nouvelle génération de ne pas reproduire les erreurs du passé ?  

Mais remettre uniquement en question notre modèle agricole n’est pas suffisant. Puisque l’agriculture est aussi fortement liée à l’alimentation, il est aussi nécessaire d’interroger notre façon de consommer. C’est pourquoi le Treuil veut rapprocher les paysans et les consommateurs grâce à des moments de partage et de rencontre. Il s’agit de mettre en avant des pratiques agricoles et de consommation éprouvées qui soient respectueuses de l’environnement et de la santé. Ainsi, le Treuil s’imagine comme un véritable tiers lieu en faveur d’une transition agricole, alimentaire et environnementale à l’échelle régionale. Il démontre que le monde agricole paysan est capable d’innovation et d’ouverture pour faciliter la compréhension mutuelle entre le monde rural et urbain.

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